4. Crise et stabilisation (août 1961-avr. 1968)
• La construction du Mur de Berlin
Le 13 août 1961, à 2 heures du matin, des milliers de membres de la police populaire et des groupes de combat des usines prirent position à la limite du secteur oriental de Berlin et y édifièrent une ligne de barbelés et de chevaux de frise, par la suite remplacée par un mur et prolongée tout autour de Berlin-Ouest. Seuls restaient ouverts quelques points de passage sévèrement contrôlés : la libre circulation entre les deux parties de Berlin était ainsi interrompue.
La décision de construire le Mur n'avait assurément pas été prise d'un cœur léger ; il était facile de prévoir tout le parti que la propagande adverse allait en tirer. Elle répondait d'abord à une nécessité immédiate : créer les conditions indispensables pour résoudre la crise économique et sociale. Il fallait mettre fin à l'important trafic de devises et de marchandises, qui se faisait par Berlin au détriment de l'économie de la R.D.A. et stabiliser la main-d'œuvre en arrêtant l'hémorragie des travailleurs spécialisés attirés par les perspectives et les promesses de l'Ouest. Mais puisqu'il y avait nécessité, les dirigeants s'efforcèrent de compenser l'inévitable perte de prestige par des avantages politiques. En prévision d'éventuelles réactions des Occidentaux, cooccupants avec l'U.R.S.S. de Berlin, le gouvernement de la République démocratique se fit par avance couvrir par ses alliés : c'est, officiellement, à la demande des États du pacte de Varsovie réunis le 11 août, que la R.D.A. établit « le long de la frontière de Berlin-Ouest un ordre tel que la voie soit barrée au travail de sape contre les pays du camp socialiste ». Moyennant quoi la ligne de démarcation entre les deux Berlin devenait une frontière d'État, c'est-à-dire que l'ex-secteur soviétique de la capitale était de facto érigé en morceau du territoire de la R.D.A., malgré la fiction juridique du maintien des droits des quatre puissances occupantes dans le Grand Berlin. Cette fiction se manifesta cependant par la libre circulation entre les deux Berlin des troupes comme des ressortissants des quatre puissances et par le fait que les soixante-six élus de Berlin-Est à la Volkskammer n'eurent que voix consultative (de même que les députés de Berlin-Ouest au Bundestag de Bonn).
Indiscutablement, le Mur achevait territorialement la R.D.A.
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