1. Nation et territoire
« L'Allemagne, mais où est-elle ? » À l'époque des guerres contre la France révolutionnaire, cette épigramme de Schiller et de Goethe (1796) raille l'institution moribonde du Saint Empire et déplore l'éclatement politique des pays de culture germanique (Kulturnation). À la fin du xviiie siècle, l'affirmation d'un sentiment national allemand, alors porté par l'Aufklärung (renouveau philosophique du xviiie siècle souvent associé à l'âge des Lumières), souligne déjà l'un des problèmes géopolitiques majeurs de l'Europe, celui de la longue indétermination territoriale de l'Allemagne.
• Une unification politique tardive
Depuis la réunification de l'Allemagne, le 3 octobre 1990, le pays s'étend sur environ 357 000 kilomètres carrés, du Rhin à l'Oder, et de la Frise du Nord aux Alpes de l'Allgäu. Pourvu d'une double façade maritime, sur la mer du Nord et la mer Baltique, il partage 3 790 kilomètres de frontières terrestres avec neuf autres États de l'Europe occidentale et centrale. L'Allemagne appartient ainsi à la Mitteleuropa : au sens premier du terme, elle est un pays du « milieu » dont les frontières longtemps mouvantes ont toujours transgressé les limites naturelles et les ensembles économiques de l'Europe centrale. Contrairement à la plupart des autres grands États européens, son unité politique a été tardive et ses limites, encore incertaines jusqu'à une période récente, ont été dessinées par des bouleversements territoriaux considérables.
Le traité de Verdun (843) qui consacre le partage de l'Empire de Charlemagne constitue l'acte de naissance de l'Allemagne. Le royaume de Germanie réunit alors les quatre grandes tribus ou Stämme (Francs, Souabes, Bavarois et Saxons) auxquelles se joignent ensuite les Frisons et les Thuringiens. Cependant la royauté allemande privilégie une vocation impériale qui s'accommode du morcellement territorial, si bien que l'Allemagne reste pendant près de neuf cents ans une confédération de principautés et de villes libres, avec, à sa tête, un monarque électif. Ce n'est qu'au xixe s […]
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