2. Le trouble alimentaire comme symptôme
Dès les débuts, l'investigation psychanalytique a reconnu dans les troubles alimentaires des « signes de névrose » pouvant exprimer un conflit qui se dérobe à la conscience. On les trouve mentionnés dans des récits de cures et interprétés en fonction de chacune des histoires des sujets en question : ainsi, pour Freud, le refus de manger témoigne d'un dégoût de la sexualité chez sa patiente Dora, de la peur d'être mangé-castré chez l'Homme aux Loups ; pour Karl Abraham, il exprime la haine d'un patient schizophrène pour sa mère qui l'abandonnait. Quant à Sandor Ferenczi, il signalait la fréquence dans l'hystérie d'« idiosyncrasies » orales liées à la tendance au « déplacement vers le haut » et à la « génitalisation » généralisée qu'on y rencontre : les fringales peuvent prendre le sens de transgression de l'inceste (on mange le « fruit défendu »), d'appropriation du pénis ou d'un désir de grossesse répondant à la théorie infantile de la sexualité qui suppose que la fécondation se fait par la bouche et que les enfants se gardent dans l'estomac ; inversement, l'ingestion, en tant qu'« outrage sexuel », peut se trouver inhibée, cette interdiction fonctionnant comme dénégation des fantasmes sous-jacents. Toutefois, si l'on trouve sans peine dans les études psychanalytiques de nombreuses références à la symbolique de l'alimentation, il faut noter qu'au départ ces troubles n'y faisaient pas l'objet d'une « rubrique » particulière. Ce n'est que plus tardivement que l'anorexie est devenue au sens propre et au sens figuré une véritable figure de proue ouvrant la voie à des travaux centrés sur le comportement alimentaire.
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