On a souvent et à juste titre comparé Swinburne à Shelley. Ces deux grands poètes lyriques anglais, dont les œuvres, comme deux portes monumentales, se dressent à l'entrée et à la sortie du xixe siècle, ont de nombreux points communs : même origine aristocratique, même constitution fragile, même passage à Eton, difficile et mortifiant, puis à Oxford où l'un et l'autre se jettent dans l'athéisme et l'anticonformisme, même sensibilité, enfin et surtout même exaltation intellectuelle étroitement unie à la puissance du verbe et à l'imagination poétique. Mais Shelley meurt à trente ans et reste jeune à jamais ; Swinburne devra attendre patiemment la mort jusqu'à soixante-treize ans, s'étant, pour vaincre ses démons, laissé emprisonner dans une villa à Putney de 1879 à 1909.
1. Le défenseur de l'esthétisme et du paganisme antique
Marqué par une lourde hérédité – son père, le futur amiral Charles Henry Swinburne, et sa mère, lady Jane, fille du comte d'Ashburnham, étaient cousins et leurs deux familles depuis longtemps alliées –, Algernon se sentit très vite et se voulut à part, dressé contre les siens et contre son siècle. Il fut un antivictorien, heurtant de front les idées, les mœurs et les préjugés qui triomphaient. Il rejette le christianisme, ennemi de la beauté sensuelle et de toutes les amours libres. Il se veut païen, comme dans la Grèce antique, et célèbre Aphrodite, Proserpine, Pan, Sappho et les jeunes éphèbes. Il est républicain parce qu'Athènes exalta la république, et il chante ses hymnes à la liberté face aux tyrans et aux rois. Son lyrisme chaleureux, son amour passionné de la mer lui valurent succès et renom, mais il ne put vaincre la réticence victorienne. Aujourd'hui, ses audaces ne sauraient choquer. Demeure la beauté de son chant.
Né à Londres, Swinburne connut une enfance épanouie dans l'île de Wight. À Ashburnham dans le Sussex, à Capheaton Hall dans le Northumberland, il passa des jours heureux chez ses grands-parents. Ce fut sir John Swinburne qui lui apprit à a […]
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