L'histoire des théâtres lyriques et emplie de ces ténors qui subjuguent les foules par l'éclat et la puissance de leur aigu triomphant. Elle en compte bien peu qui peuvent s'enorgueillir, comme Alfredo Kraus à l'issue d'une carrière de plus de quarante ans, de n'avoir jamais sacrifié leur idéal musical à la volupté des succès d'un soir.
Espagnol d'ascendance autrichienne, Alfredo Kraus Trujillo naît à Las Palmas, aux Canaries, le 24 novembre 1927, dans une famille passionnée de musique. Il reçoit très tôt une formation musicale puis entame des études d'ingénieur. Mais il décide rapidement de se consacrer entièrement au chant. Il se perfectionne en 1955 à Milan auprès de la grande pédagogue espagnole Mercedes Llopart et, le 16 janvier 1956, apparaît à l'Opéra du Caire dans le rôle du duc de Mantoue de Rigoletto de Verdi. Les plus grandes scènes internationales ne tardent pas à l'appeler : le Teatro Nacional de São Carlos de Lisbonne pour l'illustre Traviata (Alfredo) de Verdi donnée le 27 mars 1958 avec une Maria Callas au faîte de son génie, le Covent Garden de Londres pour une Lucia di Lammermoor (Edgardo) de Donizetti où triomphe Joan Sutherland (10 juillet 1959), la Scala de Milan pour une mémorable Somnambule (Elvino) de Bellini (1960), le Lyric Opera de Chicago pour L'Élixir d'amour (Nemorino) de Donizetti (31 octobre 1962). Le 16 février 1966, il apparaît pour la première fois au Metropolitan Opera de New York, dans le rôle du duc de Mantoue. Le Met l'engage et va le retenir pour de nombreuses années. Alfredo Kraus y donnera 133 représentations et sera incontournable dans des personnages qu'il choisit avec soin : Alfredo, Edgardo, les rôles-titres de Faust et de Roméo et Juliette de Gounod, de Werther de Massenet – son personnage emblématique –, des Contes d'Hoffmann d'Offenbach, Don Ottavio de Don Giovanni de Mozart, Ernesto de Don Pasquale et Tonio de La Fille du régiment de Donizetti ; il est insurpassable en chevalier des Grieux dans la Manon de Massenet. Le Lyric Opera de Chicago l'accueille en Almaviva du Barbier de Séville de Rossini […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 1 page…



