2. Discernement critique
Radcliffe-Brown fut l'un de ceux qui, au début du xxe siècle, mirent un terme aux errements des différents courants anthropologiques de la fin du xixe siècle. Il rejeta l'évolutionnisme qui échouait à prouver le développement linéaire des sociétés humaines. Il rejeta en même temps l'historicisme et le diffusionnisme qui, en GrandeBretagne, avaient connu leurs formes les plus aberrantes avec G. Elliot Smith, W. J. Perry et même W. H. R. Rivers. Il montra aussi que les explications anthropologiques fondées sur la psychologie étaient peu solides. Cette triple opposition systématique de Radcliffe-Brown à l'histoire, à la psychologie et au diffusionnisme s'est atténuée avec les années. À la fin de sa vie, il admit que l'histoire pouvait avoir une grande utilité pour la compréhension des institutions, à condition que les preuves apportées soient solides. Il convint aussi du fait que le problème de l'individu dans la société concernait aussi l'anthropologue. Enfin, sans toutefois revenir vraiment sur sa condamnation du diffusionnisme, il reconnut qu'une société était capable d'en influencer une autre et de provoquer en elle des changements.
C'est donc avec l'ambition d'en finir avec des hypothèses non vérifiées que Radcliffe-Brown entreprit d'élaborer une nouvelle théorie en sciences sociales.
Le modèle qu'il choisit fut celui des sciences naturelles alors en plein développement en Grande-Bretagne. Par ailleurs, il ne cacha jamais la dette qu'il avait contractée à l'égard de Montesquieu, de Comte, de Spencer et de Durkheim. Ses études théoriques sont rassemblées dans Structure et fonction dans la société primitive. Selon ses propres termes, sa théorie « peut être exposée au moyen des trois concepts fondamentaux, logiquement liés, de processus, structure et fonction ».
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