Il est sans doute trop tôt pour tenter d'évaluer ce qui survivra de l'œuvre, relativement dédaignée aujourd'hui, de Radcliffe-Brown. Celui qui fut l'un des plus prestigieux chefs de file de l'école anthropologique britannique entre les deux guerres mondiales a subi, de son vivant, des critiques extrêmement sévères qui n'ont fait que s'amplifier depuis sa mort. Non seulement ses constructions théoriques ont été largement démantelées, mais sa pratique anthropologique même fut jugée avec la plus grande sévérité. Certains auteurs allèrent jusqu'à le traiter d'anthropologue en chambre, voire de salon. Quoi qu'il en soit, son œuvre exerça une influence considérable et il fut certainement un professeur et un directeur de recherches incomparable.
1. Carrière et position scientifique
Né à Birmingham (Grande-Bretagne), Alfred Reginald Radcliffe-Brown fit ses études à Trinity College (Oxford) et à Cambridge, où il eut pour professeur d'anthropologie A. C. Haddon et W. H. R. Rivers.
En 1906, il part pour les îles Andaman, alors colonies britanniques. Il y mène une enquête ethnographique de deux ans (1906-1908) dont les résultats ne furent publiés qu'en 1922. En 1910, il étudie la parenté et l'organisation sociale des tribus d'Australie occidentale. En 1916, il est nommé directeur de l'éducation dans le royaume de Tonga en Polynésie britannique. Il occupe la chaire d'anthropologie de Cape Town (Union sud-africaine) de 1921 à 1925 et organise ensuite le département d'anthropologie de l'université de Sidney (Australie) où il enseigne de 1925 à 1931. Puis il est professeur à l'université de Chicago de 1931 à 1937. Enfin, jusqu'en 1946, il occupe la chaire d'anthropologie sociale de l'université d'Oxford. Il est mort à Londres.
La carrière scientifique de Radcliffe-Brown, commencée en 1906, le situe très vite dans le courant antiévolutionniste et antihistoriciste qui avait pris naissance aux États-Unis et qu'il a contribué à renforcer. Cela l'amène à élaborer une nouvelle théorie en anthropologie […]
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