2. Une œuvre plurielle
Dès que la guerre prend fin, Alfred Döblin souhaite revenir en Europe. De Los Angeles il s'adresse à un germaniste ami, Ernest Tonnelat. Ce dernier lui suggère la possibilité d'un poste officiel en Allemagne, dans la zone placée sous administration française. Les époux Döblin rentrent alors à Paris. Et notre écrivain se retrouve le 9 novembre 1945 officier « culturel » français à Baden-Baden, chargé du contrôle des projets de publication des Allemands. À Baden-Baden, plus tard à Mayence, il est confronté à une Allemagne qu'il ne comprend plus. Tout en continuant d'écrire (c'est à Baden-Baden qu'il termine son dernier roman, Hamlet ou la longue nuit prend fin), en lançant même en septembre 1946 une revue, Das Goldene Tor [La Porte d'or], qui publiera trente-sept numéros, il déplore le sort de ses livres, non réimprimés ou peu disponibles en librairie. Effectivement, quand il meurt, en juin 1957, dans une clinique de Forêt-Noire, atteint depuis 1951 de la maladie de Parkinson, il n'est guère plus lu. Döblin attribuait cette situation à l'apathie d'un public conditionné par la dictature nazie. Mais l'originalité déroutante de son œuvre n'est pas non plus pour rien dans les réticences à un accueil des plus larges. En 1948, Voyage au gré du destin, dans le récit où il raconte son existence depuis la débâcle de 1940 en France et son départ aux États-Unis, il se présente avec raison comme un auteur qui n'a cessé de combattre « les rhéteurs, les traditionalistes vains et affectés, les imitateurs et les parasites qui vivent du bien d'autrui ».
Tous les livres d'Alfred Döblin sont fondés sur le postulat que l'expression littéraire suppose une aventure intellectuelle et exige une mise en cause des conventions. Sous cet aspect, la renommée de Berlin Alexanderplatz écrase exagérément ses autres romans. Certes, c'est ce livre-ci qui met en avant le plus systématiquement l'innovation esthétique avec le procédé du montage, aboutissant à l'enchevêtrement, au récit du narra […]
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