Dans la Russie de la première moitié du xixe siècle, les intellectuels s'interrogeaient sur la signification de leur patrie. Les uns rêvaient de l'occidentaliser radicalement, les autres de revenir aux sources idéalisées de la culture nationale. Khomiakov sut dépasser les nostalgies slavophiles pour dégager, à la faveur du dialogue inévitable avec l'Occident, l'originalité et, pour ainsi dire, la fraîcheur créatrice de l'Orthodoxie. Cet écrivain, qui fut ardent slavophile et homme de spiritualité, inspira, pour une part, certaines réformes tsaristes et rénova l'« ecclésiologie de communion », dont la fortune est grande aujourd'hui dans le christianisme occidental, surtout depuis le IIe concile du Vatican. Cependant, Khomiakov vivait dans une Russie relativement stable et qui ne connaissait pas encore l'athéisme ni les bouleversements de l'industrie. Cela explique peut-être l'absence dans sa pensée des thèmes du mal et de l'eschatologie. Il n'a pas non plus explicité suffisamment les fondements sacramentels de l'ecclésiologie. Mais il reste celui qui a retrouvé le sens de la communion et d'une connaissance vivante et qui a affirmé cette vérité libé […]
