Peu d'œuvres sont aussi paradoxales et inclassables que celle d'Alexandre Zinoviev. Enfant de paysan devenu philosophe, faisant dissidence parmi les dissidents, rentrant après vingt et un ans d'émigration dans le pays qui l'avait expulsé et renié, ardent pourfendeur du communisme soviétique encourageant à voter pour le candidat communiste de la Russie postsoviétique : l'homme s'est montré pour le moins déroutant. Il naît le 29 octobre 1922 dans le petit village de Pakhtino, près de Kostroma, au nord-est de Moscou. Son enfance dans une famille de paysans de onze enfants du centre de la Russie lui donne le sens de la vie en collectivité, régie par des principes moraux fermes. Le jeune idéaliste, communiste convaincu, est très tôt confronté aux difficultés matérielles de la vie quotidienne, soigneusement occultées par la propagande étatique, dont il comprend ainsi le mensonge. Dénoncé pour avoir comploté contre Staline, de brillant étudiant il devient fugitif. Puis il s'engage pendant la Seconde Guerre mondiale, y gagne des galons et le droit de revenir à Moscou. Là, il termine ses études et travaille vingt-deux ans en tant que chercheur logicien, publiant de nombreux articles et monographies scientifiques. Son premier ouvrage de fiction, Les Hauteurs béantes, paraît en Occident en 1976 et connaît un grand retentissement, ce que l'État soviétique ne peut tolérer : deux ans plus tard, Zinoviev est contraint à émigrer à Munich, où il reçoit un poste à l'université. Mais il mourra en 2006 sur sa terre natale, à Moscou.
Auteur de quelque trente ouvrages, de nombreux articles de journaux, interviews et conférences, Zinoviev déploie les volutes de sa pensée subversive et provocatrice sur des milliers de pages, se libérant au fil des ans des conventions littéraires. Cette œuvre protéiforme se situe à la frontière des genres et des styles : tenant à la fois de la littérature et de la philosophie, de la fiction et de la sociologie, elle mêle pamphlet et traité scientifique, satire et poésie, grot […]
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