Fils de paysans ukrainiens, Dovjenko appartient à la première génération du cinéma soviétique, celle d'Eisenstein, de Poudovkine, de Donskoï. Théoricien, esthéticien avant d'être réalisateur, il a traité comme ses émules les thèmes fondamentaux de l'art engagé : la révolution et la collectivisation. La Terre (Zemlia, 1929-1930), probablement son chef-d'œuvre, constitue une manière de synthèse de sa personnalité et de son style. Foncièrement lyrique, ce poème filmique célèbre tout à la fois la communion de l'homme avec la nature et la rencontre privilégiée d'un tempérament avec les idéaux marxistes : « Ce que Dovjenko exprime avec une franchise brutale, simpliste mais passionnée, c'est le sentiment de participer à une prodigieuse aventure collective, d'être une partie d'un tout, de s'identifier à l'ordre nouveau, expression supérieure d'un grand ordre naturel » (L. Marcorelles). S'il se soucie peu de psychologie individuelle — ses héros sont monolithiques —, il a le cœur et le style épiques ; son rythme a l'enthousiasme de l'espérance, sa plastique est d'un visionnaire inspiré, et sa vitalité se manifeste dans l'humour parfois breughélien qui traverse et rafraîchit son souffle héroïque. Dovjenko passa sans difficulté du muet au parlant — Chostakovitch notamment lui prêta son concours — et du noir et blanc à la couleur.
Photographie
La Terre, A. Dovjenko Dans La Terre (1929-1930) d'Alexandre Dovjenko, l'hymne à la nature et la célébration du nouvel ordre communiste se fondent en un seul poème épique.
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La Montagne au trésor (Zvenigora, 1928) forme une sorte de geste légendaire de l'Ukraine, des Vikings au communisme ; L'Arsenal (1929), Aerograd (1935), Chtchors (1939) chantent la lutte finale qui doit faire aboutir l'âge d'or du socialisme, évoqué dans Mitchourine (La Vie en fleur, 1949) ainsi que dans Le Poème de la mer ; interrompu par la mort de l'auteur, celui-ci fut achevé par sa femme, qui fut aussi sa collaboratrice, Youlia Solntzeva.
Hubert HARDT
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