Fils de paysans ukrainiens, Dovjenko appartient à la première génération du cinéma soviétique, celle d'Eisenstein, de Poudovkine, de Donskoï. Théoricien, esthéticien avant d'être réalisateur, il a traité comme ses émules les thèmes fondamentaux de l'art engagé : la révolution et la collectivisation. La Terre (Zemlia, 1929-1930), probablement son chef-d'œuvre, constitue une manière de synthèse de sa personnalité et de son style. Foncièrement lyrique, ce poème filmique célèbre tout à la fois la communion de l'homme avec la nature et la rencontre privilégiée d'un tempérament avec les idéaux marxistes : « Ce que Dovjenko exprime avec une franchise brutale, simpliste mais passionnée, c'est le sentiment de participer à une prodigieuse aventure collective, d'être une partie d'un tout, de s'identifier à l'ordre nouveau, expression supérieure d'un grand ordre naturel » (L. Marcorelles). S'il se soucie peu de psychologie individuelle — ses héros sont monolithiques —, il a le cœur et le style épiques ; son rythme a l'enthousiasme de l'espérance, sa plastique est d'un visionnaire inspiré, et sa vitalité se manifeste dans l'humour parfois breughélien qui traverse et rafraîc […]
