Entré tôt dans la légende, ce nouvelliste « naïf » aux surnoms variés (« moine dans le monde », « saint des lettres grecques modernes », etc.) n'en demeure pas moins l'objet d'une longue controverse : grand écrivain pour les uns, il représente pour les autres un esprit rétrograde ou un prosateur monotone, sans technique ni évolution. Faut-il souligner que la polémique ainsi engagée autour de cette œuvre ne rend pas toujours compte de ses vraies dimensions ?
Sans doute Papadiamandis fut-il un outsider ; il allait à contre-courant : il opposa au vulgarisme triomphant son purisme, au positivisme sa religiosité, au progrès son conservatisme. Victime de la société plutôt que juge, il en illustre les profondes aliénations. S'il n'a pas pu donner de réponses satisfaisantes, il a posé pourtant, à sa façon, quelques questions pertinentes sur la vie et la littérature.
1. Une vie misérable
Né à Skiathos, petite île des Sporades, il était fils d'un pauvre prêtre orthodoxe, Adamantios (d'où son nom). On peut imaginer son enfance plus ou moins insouciante, au bord de la mer, parmi les enfants de marins ; son cousin A. Moraïtidis (1850-1929), qui suivit une carrière analogue, était un de ses camarades. Mais le fils du prêtre avait aussi d'autres occupations : il dessinait des images des saints et, naturellement, il assistait aux cérémonies de l'Église.
Jusqu'à l'âge de trente ans, Papadiamandis poursuivit non sans peine des études interrompues et inachevées. Il avait passé en sa vingt et unième année sept mois au mont Athos. « Moi, je me ferai moine dans le monde », dit-il à sa mère en rentrant. En 1874, inscrit à la faculté des lettres de l'université d'Athènes, il n'y suit que quelques cours ; il n'aura jamais de diplômes. Tout seul, sans professeur, il apprend le français et l'anglais. Quand il tente d'obtenir le diplôme de professeur de français (1881), il échoue. À trente ans, incapable de gagner sa vie, il demande encore de l'argent au pauvre prêtre.
En retard sur son époque comme d'habitude, Papadiamandis commence s […]
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