Après des études de droit à l'université de Leipzig, Radichtchev fait carrière au collège du commerce sous la protection d'Alexandre Vorontsov, qui ne devait jamais l'abandonner, même dans sa disgrâce. Mais, lecteur de Rousseau et de l'abbé Raynal, il compose en secret des déclamations contre les tyrans dans le goût de l'époque. En 1790, il édite dans son imprimerie personnelle un pamphlet contre le servage dont il n'avait présenté à la censure qu'un manuscrit expurgé. Ce Voyage de Saint-Pétersbourg à Moscou (Putešestvie iz Peterburga v Moskvu) décrit l'itinéraire spirituel d'un noble humaniste qui découvre la réalité sociale et perd progressivement ses illusions sur la possibilité de réprimer les abus par des réformes législatives ; il en vient à souhaiter une jacquerie généralisée, fût-ce au prix d'un massacre des nobles. « Rebelle pire que Pougatchev », annote Catherine II, qui exile l'auteur en Sibérie après l'avoir fait condamner à mort ; au lieu d'une « révolte russe aveugle et impitoyable » (Pouchkine), la démarche de Radichtchev retourne contre le système l'idéologie favorite de la classe dominante, la philosophie des Lumières. Renversement déchirant po […]
