Fondateur du théâtre de mœurs, auteur de plus de cinquante pièces, Ostrovski donne à la scène russe le répertoire qui lui manquait. Fils d'un avocat au tribunal civil de Moscou, où il est employé lui-même, le jeune Ostrovski étudie le comportement de ses clients, les marchands. Cette classe, restée à l'écart des courants d'européanisation, semble avoir conservé les traditions de la Russie prépétrovienne. Dans ses comédies, Ostrovski insiste sur deux traits ; d'une part, l'improbité commerciale ressentie non pas comme un vice, mais comme une règle juste et nécessaire pour satisfaire la soif d'argent ; d'autre part, la cruauté des relations familiales : régie par l'orgueil tyrannique du maître « qui n'en fait qu'à sa tête » (samodur), la vie est encore fondée sur les préceptes de l'antique ménagier du xvie siècle, le Domostroï et l'épouse cloîtrée est réduite à la ruse ou à la rébellion. Tels sont les thèmes de On s'arrangera entre siens (Svoi ljudi-sočtëmsja, 1850), Pauvreté n'est pas vice (Bednost' ne porok, 1854) L'Orage (Groza, 1860). L'ignorance, la superstition, la bonne conscience d'un despote, encouragées par la passivité des victimes (enfants, domestiques, proches), donnent un sombre tableau de ces mœurs patriarcales que certains idéalisaient pour condamner les modes occidentales. Le démocrate révolutionnaire Dobrolioubov les dénonce à son tour dans un célèbre article : Le Royaume des ténèbres (Temnoe carstvo, 1859). Le champ d'observation s'élargit. Comme le romancier Pissemski, Ostrovski traite de la concussion des fonctionnaires dans Une place lucrative (Dokhodnoe Mesto, 1857), de la décadence de la noblesse ruinée dans La Pupille (Vospitannica, 1859) et Loups et brebis (Volki i ovcy, 1875), et même du théâtre provincial dans La Forêt (Les, 1871). Manquent au tableau les paysans et l'intelligentsia.
Ni slavophile, quoiqu'il ait collaboré jusqu'en 1854 à la revue Le Moscovite (Moskvitjanin), ni attiré véritablement par les idées progressistes, malgré ses relations étroites avec les revues occi […]
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