8. Un empire immense et fragile
Il est difficile de porter un jugement sur une œuvre sans nécessité historique. Le temps des guerres médiques était depuis longtemps passé. Perses et Grecs vivaient en bonne intelligence et l'empire des Achéménides, généralement bien toléré par les peuples qu'il dominait, n'était plus une menace pour les cités grecques d'Europe, où l'on se souciait peu du sort des Ioniens et des Éoliens. En fait, le Grand Roi était plutôt une gêne pour les Macédoniens, dans la mesure où la politique étrangère perse avait pour unique règle d'empêcher l'établissement en Grèce d'une hégémonie. Philippe en avait pris conscience lorsque Artaxerxès Ochos avait aidé Byzance et Périnthe contre lui, afin de lui interdire l'accès à la Propontide. Il avait pris alors la décision d'affaiblir la position des Perses en Asie Mineure, sans autre ambition peut-être que de les empêcher d'agiter les Grecs contre lui. Dans la mesure où le programme de la Ligue de Corinthe était seulement de « libérer les Grecs d'Asie », on peut estimer que ses ambitions n'allaient pas au-delà. Tout change avec Alexandre, pour des raisons qui ne sont pas claires et ne tiennent sans doute pas seulement à sa jeunesse et à sa personnalité.
Soulignons en effet que les rois des Macédoniens devaient tenir compte de l'opinion publique, qui s'exprimait dans leur conseil et dans l'assemblée de l'armée. Certes, leur autorité prévalait d'ordinaire et ils avaient le pouvoir de décision. Mais Alexandre n'aurait pas entrepris son expédition s'il n'avait pas rencontré l'approbation d'une partie au moins des Macédoniens en âge de prendre les armes. Or cette approbation s'explique aisément : la machine de guerre fabriquée par Philippe vivait des profits de la guerre, et les dernières campagnes balkaniques de ce roi ne semblent pas avoir été d'un grand rapport. En Grèce, la « paix générale » organisée par la Ligue réduisait les perspectives de butin. Restait donc l'Asie, où l'on pouvait espérer piller, asservir, trouv […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 10 pages…



