Né à Moscou, Alexandr Kojevnikov décide, en 1920, de suivre sa famille en Occident, bien qu'il se tienne pour communiste. En Allemagne, il s'initie à la philosophie (Jaspers, Heidegger, etc.), ainsi qu'au sanskrit et au chinois. Il est attiré par le bouddhisme, unique religion « athée » à ses yeux. En 1933, alors qu'il est étudiant en Sorbonne, Alexandre Koyré le choisit « au pied levé » comme suppléant de ses cours à l'École pratique des hautes études. Les leçons doivent porter sur la pensée religieuse de Hegel : en fait, Alexandre Kojève (comme il s'appellera bientôt) lit et commente la Phénoménologie de l'esprit devant un auditoire rapidement conquis par sa vigueur intellectuelle. Ces « lectures » (qui dureront jusqu'en 1939) vont préparer un renouvellement total de l'impact de Hegel en France, où il était jusqu'alors fort mal reçu. Elles ont, en effet, des auditeurs qui se nomment Georges Bataille, Roger Caillois, Jean Hippolyte, Pierre Klossowski, Jacques Lacan, Jean Wahl, Raymond Aron, Raymond Queneau. Le jeune Sartre en percevra l'écho.
Pour subsister, Kojève trouve un emploi de bibliothécaire du musée de l'Armée à Vincennes. En 1944, le musée est supprimé […]
