2. Dédain de l'Occident, espoir dans l'avènement d'un socialisme russe
En janvier 1847, Herzen émigre en France avec sa famille. Très vite, la vie sociale occidentale le déçoit, par le spectacle de ses injustices et par l'étroitesse de ses nationalismes culturels. Ses Lettres de l'avenue Marigny (1847) dénoncent une bourgeoisie sans passé ni avenir, simple moment de négation entre le féodalisme et le socialisme. Face à cette Europe décadente, les Slaves apparaissent comme les Barbares, peut-être porteurs d'un nouveau christianisme, le socialisme. L'échec des révolutions de 1848 vient renforcer le mépris aristocratique des « boutiquiers ». Dans De l'autre rive (1850), le scepticisme est total face à la prétendue rationalité de l'histoire, jouet de forces aveugles : si les hommes voulaient se sauver eux-mêmes au lieu de sauver le monde... Des deuils (mort accidentelle de sa mère et de son fils, mort de sa femme) assombrissent encore ces années.
Mais, avec ce pessimisme d'un « amoureux déçu » de l'Occident, croît l'espoir d'un socialisme russe assurant la relève, dont Herzen se fait le propagandiste zélé (Développement des idées révolutionnaires en Russie [1850] ; Le Peuple russe et le socialisme, lettre ouverte à Michelet [1851] – œuvres écrites en français). Émigré politique, Herzen fonde un atelier de typographie russe à Londres, où il publiera de nombreux ouvrages révolutionnaires et, à partir de 1857, sa fameuse revue La Cloche (Kolokol).
L'idée du socialisme russe emprunte largement à la sensibilité et à la conception de l'histoire des slavophiles. Le peuple russe, qui ignore le droit romain et la conception individualiste de la propriété, s'est donné des institutions communautaires qui témoignent d'une remarquable vocation au socialisme. D'où, parfois, les accents d'un messianisme panslaviste qui apparente Herzen à Mickiewicz. Encore faut-il libérer le peuple et vivifier ces vieilles institutions communautaires, actuellement étouffantes pour l'individu.
Ces vues générales s'al […]
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