Journaliste, écrivain, philosophe, homme politique et homme de science, Alexandre Ivanovitch Herzen, aristocrate révolutionnaire, a laissé une œuvre qui, comme son action, recèle une unité profonde à la recherche des idéaux, indissolublement liés, de justice et de liberté. Ses convictions démocratiques lui ont valu les éloges de Lénine et, à sa suite, des historiens et critiques soviétiques ; mais, champion de la liberté et des droits de l'homme contre tous les despotismes, il a lutté, avec une lucidité prophétique, pour la liberté de l'individu face à l'emprise totalitaire de l'histoire ; d'où la modernité du penseur, celle aussi de l'artiste qui a créé de nouveaux rapports entre l'art, son moi et le siècle. La richesse de son expérience de lutteur et de témoin fait de cet ami de Proudhon, de Michelet, de Mazzini, de Bakounine, l'un des grands Européens du xixe siècle.
Fils d'un grand seigneur et riche propriétaire, I. A. Iakovlev, et d'une Allemande d'humble extraction, Herzen (dont le nom, choisi par son père, vient de l'allemand Herz, le cœur) naît à Moscou en 1812. Il y reçoit une éducation aristocratique, alors imprégnée des idées romantiques et fortement marquée par l'échec du putsch décembriste de 1825 (une page célèbre de Passé et Méditations peint Herzen adolescent, faisant serment avec son ami, le futur écrivain et révolutionnaire Ogarev, de poursuivre l'œuvre des révolutionnaires décembristes). Il est influencé par Pouchkine, Schiller, Byron, mais aussi par le xviiie siècle français et bientôt par Saint-Simon, Leroux, Fourier, Lamennais. À l'université de Moscou, il étudie les mathématiques et la physique, publie des articles scientifiques et songe à fonder une revue lorsqu'il est arrêté pour activités « subversives » et exilé à Perm, puis à Viatka et à Vladimir, où il apprend à connaître l'enlisement provincial et la bureaucratie tsariste. En 1838, il épouse Nathalie Zakharina. L'histoire romanesque, douloureuse ou tragique, de leurs amours tiendra une grande place dans sa vie, son œuvre.
1. Un […]
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