3. Un printemps voué à l'échec
Tous les discours de Dubček pendant le printemps contenaient une double mise en garde : contre les « forces de droite », c'est-à-dire les « excès » d'une opinion qui redécouvrait la liberté d'expression, et contre les forces « conservatrices ». La direction Dubček ne s'est jamais donné les moyens de sa politique. Elle abolissait la censure tout en laissant les « durs » de l'appareil faire obstruction au changement, puis préparer en toute quiétude l'« aide fraternelle » du 21 août : Vasil Bilak, Alois Indra, Drahomir Kolder restèrent à la tête du parti et prirent même du galon. Milos Jakes, l'homme par excellence des Soviétiques, fut même nommé par Dubček à la tête de la commission de contrôle, poste qui lui permit par la suite de purger les dubčékiens. La même remarque vaut pour l'armée et la sécurité. Le général Prchlik fut démis de ses fonctions par Dubček à la demande des Soviétiques, après une conférence de presse en juillet 1968, où il avait réclamé des rapports d'égalité au sein du pacte de Varsovie. Le démettre, c'était dire aux Soviétiques que l'armée tchécoslovaque ne bougerait pas en cas d'invasion.
Au lieu de prendre les devants, la direction Dubček a repoussé les élections prévues pour mai 1968 ; de même, elle n'a pas envisagé de convoquer dès le printemps un congrès extraordinaire du parti qui aurait pu mener à bien un changement de personnel politique, de sorte que le même comité central qui avait élu Novotný en 1966 a élu ensuite Dubček en janvier 1968, puis Husàk en 1969.
L'attitude de Dubček face à la pression montante de Moscou était également révélatrice : il s'était rendu sur simple convocation à la réunion des « partis frères », à Dresde, en mars, ce qui en fait leur reconnaissait un droit d'ingérence dans la politique tchécoslovaque. Bien que confronté à une pression constante, Dubček minimisait le danger et, en tout cas, se refusait à envisager l'hypothèse d'un conflit entre le « socialisme à visage humain » et le communisme […]
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