2. La poésie comme musique
Blok est un pur lyrique. Il avoue que tous ses vers écrits depuis 1897 peuvent être considérés comme un journal intime. L'essentiel de son héritage poétique, à part quatre poèmes et cinq drames lyriques, se réduit à trois volumes de vers. « Tout l'univers du poète lyrique est dans son mode de perception », dit Blok (Du lyrique, juin-juill. 1907). Pour lui, c'est la musique qui est la substance du monde et il n'est pas de vraie poésie qui ne soit « imprégnée et saturée d'une obscure musique » (Carnets, 19 juin 1909). Pour lui est poète celui qui sait entendre et capter le « jamais entendu ». Dans son poème L'Artiste, Blok décrit le processus de la création artistique :
J'attends qu'effraye mon ennui mortel
Le tintement léger, jusqu'ici jamais entendu.
Est-ce un tourbillon venu de la mer ?
Ou est-ce que les oiseaux du Paradis
Chantent dans les feuilles ? Ou est-ce que le temps
[s'arrête ?
Ou est-ce que les pommiers de mai ont effeuillé
Leur floraison de neige ? Ou est-ce un ange qui
[vole ?
Durant les heures qui portent l'universel
S'élargissent les sons... le passé se mire
passionnément dans le futur :
Il n'y a pas de présent.(12 déc. 1913)
« Parvenue à sa limite, la poésie se noiera probablement dans la musique », écrit Blok (Carnets, 29 juin 1909). Personne n'a su mieux que lui « entendre ». Et, privé de sons, Blok cessera d'écrire, après janvier 1918 : la source de son inspiration est tarie, tous les sons se sont tus.
• Rythmes
Ce qu'il percevait en sons, Blok le rendait en sons : s'il y a chez lui magie, cette magie est essentiellement musicale. La puissance de son lyrisme ne prenait pas tant racine dans ses mots que dans ses rythmes : les mots pouvaient être peu clairs et confus, ils portaient en eux des rythmes irrésistiblement contagieux. Le secret de Blok est mort avec lui. Il ne s'agit certes pas seulement d'allitérations, d'assonances, de répétitions de rimes ou de répétitions de mots, bien que Blok ait manié les unes et les autres avec une incroyable […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 9 pages…



