3. La perfection classique du langage
On relève une évolution de La Dunciade à l'Essai sur l'Homme. Dans la première, œuvre satirique, il attaque les déistes pour défendre certains de ses amis anglicans ; dans la seconde, il exprime une position philosophique moyenne, conforme à l'idée qu'il se fait de son rôle en tant que poète, interprète de son milieu social.
Délaissant l'imitateur, et le traducteur, faisant fi du critique, trouvant le satiriste trop partial ou le moraliste trop banal, le lecteur de goût ne pourra pas méconnaître le grand artiste du vers et c'est La Boucle de cheveux volée qui le retiendra peut-être. L'intrigue, anecdote authentique, n'est rien : un lord dérobe la boucle de cheveux d'une belle cruelle, provoque son courroux, mais la boucle se métamorphose en étoile au firmament. La peinture sociale, intéressante, n'est qu'une toile de fond. La valeur du poème est dans l'art de Pope. Dans ce poème héroï-comique, il introduit un élément féerique cher aux cœurs anglais : les sylphes de Pope doivent plus à l'Ariel de Shakespeare qu'au merveilleux antique, ils sont tout de grâce et de délicatesse. Parfaitement maître de son outil poétique, Pope a porté à la perfection le groupe de deux décasyllabes à rimes plates, le couplet. Régulier par son rythme et ses rimes, ce distique dans ses mains devient d'une souplesse remarquable. Pope joue des césures, des rythmes anapestiques ou trochaïques pour souligner ses intentions, pour mettre en valeur ses inventions et les traits de son esprit. Le vers atteint ici la limite de la concision et de la concentration.
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