L'année 1913 constitue à plus d'un titre un tournant de la modernité poétique, sinon sa date de naissance. L'année du Sacre du printemps de Stravinski et des Jeux de Debussy, du premier volume d'À la recherche du temps perdu de Marcel Proust et de La Prose du Transsibérien de Blaise Cendrars, paraît Alcools d'Apollinaire (1880-1918), aux éditions du Mercure de France, avec un portrait de l'auteur par son ami l'« oiseau du Bénin », Pablo Picasso. L'amant meurtri de Marie Laurencin rassemble dans ce recueil quinze ans de poésie, près de soixante-dix pièces distinctes et même disparates, que regroupent cependant des relations subtiles de ton ou de cadence. Poèmes variés d'« esprit nouveau », alternant nostalgie et chanson gaie, qui proclament l'ouverture d'un siècle cosmopolite et citadin (« À la fin tu es las de ce monde ancien », dit le premier vers du premier poème, « Zone ») traversé de « Cosaques Zaporogues », d'« émigrants de Landor Road », de bordels « shangaïais », de drames rhénans, de « viriles cités » et de « saintes usines ».
Cependant la voix nouvelle – c'est un premier recueil – sans ponctuation (Apollinaire en prit l […]
