4. Un problème de société : le risque alcool
La « lutte contre l'alcoolisme » est la formulation traditionnelle utilisée depuis le début de l'histoire déjà ancienne – 130 ans en France – de ce que les experts préfèrent aujourd'hui appeler la prévention du risque alcool. L'expression persiste dans de nombreux textes législatifs et réglementaires comme le Code des débits de boissons et des mesures contre l'alcoolisme (intégré aujourd'hui dans le Code de la santé publique), les textes définissant les centres d'alcoologie ou encore dans de nombreux rapports parlementaires ou administratifs. Elle est également toujours très en cours dans les médias.
Sa critique est nécessaire d'abord du point de vue formel car le mot « lutte » évoque trop une phraséologie dépassée de combat contre le mal, voire de « croisade » hygiéniste. Il n'est en effet pas question de lutter pour la prohibition d'un produit psychoactif dont les humains semblent avoir bien besoin, mais de prévenir l'ensemble des risques liés à sa consommation. La vraie critique de fond doit porter sur le mot « alcoolisme », qui ne représente qu'une partie des problèmes liés à la consommation excessive d'alcool. Effectivement, qu'il désigne l'alcoolodépendance ou l'ensemble des problèmes médicaux liés à une consommation nocive, ce mot ne prend pas en compte les conséquences de l'ivresse ou de consommations apparemment modérées et/ou périodiques qui perturbent la vie sociale, professionnelle, familiale des « buveurs à problèmes », selon la terminologie anglaise (problem drinkers).
• De la boisson sacrée à l'anomie de la défonce
À l'instar de l'Italie ou de l'Espagne, le vin est enracinée dans le patrimoine français depuis l'Antiquité – les premiers chrétiens en faisant même un symbole et un objet rituel de la future religion dominante de l'Europe. La bière et le cidre restèrent cependant encore longtemps les boissons traditionnelles dans les régions du nord et de l'ouest du continent. À partir du xviie siècle, les boissons distillées enrichirent le régime alimentaire et le patrimoine écon […]
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