3. L'alchimie indienne
Bien que l'alchimie, comme technique spirituelle fondée sur des pratiques physiologiques particulières, principalement tantriques, semble avoir été connue de l'Inde antique, peut-être à une époque plus ancienne que celle où elle le fut en Chine, le problème de ses origines historiques n'a pas encore reçu de solution définitive. On a supposé que ces théories et ces pratiques indiennes auraient une origine arabe, mais un traité de Nâgârjuna, traduit en chinois par Kumârajîva trois siècles avant l'essor de l'alchimie arabe, fait état de la transmutation en or par deux procédés distincts, soit par la puissance des drogues, soit par la force développée par le yoga.
Mircea Eliade a bien montré ces convergences entre le yoga, surtout le Hatha-yoga tantrique et l'alchimie : « C'est tout d'abord l'analogie évidente entre le yogin qui opère sur son propre corps et sa vie psychomentale d'une part, et l'alchimiste qui œuvre sur les substances, d'autre part : l'un comme l'autre visent à « purifier » ces matières impures, à les « perfectionner » et, finalement, à les transmuer en « or ». Car l'or, c'est l'immortalité, répètent les textes indiens ; il est le métal parfait et son symbolisme rejoint le symbolisme de l'Esprit pur, libre et immortel, que le yogin s'efforce, par l'ascèse, d'extraire de la vie psycho-mentale, « impure » et asservie. »
Ainsi l'alchimiste, selon Eliade, espère-t-il arriver aux mêmes résultats que le yogin en « projetant » son ascèse sur la matière : « Au lieu de soumettre son corps et sa vie psycho-mentale aux rigueurs du yoga, pour y séparer l'Esprit (purusha) de toute expérience appartenant à la sphère de la substance (prakritī ), l'alchimiste soumet les métaux à des opérations chimiques assimilables aux « purifications » et aux « tortures » ascétiques. Entre le plus vil métal et l'expérience psycho-mentale la plus raffinée, il n'y a pas de solution de continuité. »
Dans les deux cas, Tāntra-yoga et alchimie, le processus de la transmutation du corps « mortel et c […]
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