L'œuvre d'Alberto Savinio couvre pratiquement la première moitié du xxe siècle. Savinio fut à la fois acteur et spectateur des deux guerres les plus meurtrières que connut l'humanité : témoin de l'effondrement d'un monde et de ses valeurs, témoin de ce qu'il est convenu d'appeler aujourd'hui une crise de civilisation. Ceci explique cela, et si son œuvre est disparate, c'est qu'elle est l'expression de cette crise. Sa quête à travers les méandres de la culture humaine, que celle-ci soit étrusque, égyptienne, hébraïque, grecque, romaine ou nordique, est la quête de l'homme moderne en proie à l'angoisse, partant à la recherche de son identité et à la découverte de valeurs nouvelles adaptées au monde d'aujourd'hui. Ces valeurs, Savinio les découvre et les concentre dans une nouvelle synthèse incarnée dans un univers poétique.
Dans la constitution de cet univers, la Grèce joue un rôle prépondérant, car c'est à Athènes que naquit Savinio et qu'il passa son enfance et son adolescence. La Grèce le marqua donc profondément et il n'est guère de ses écrits qui ne fassent référence à la Grèce actuelle et plus encore à la Grèce antique. Les dieux de l'ancienne Grèce peuplent ses récits et reprennent une vie parfois étrange sous sa plume. À travers toutes les mythologies, Savinio se fraye un chemin et crée sa propre mythologie, nourrie d'une force poétique si vigoureuse qu'André Breton a pu dire de lui, dans son Anthologie de l'humour noir, que « tout le mythe moderne encore en formation s'appuie à son origine sur les deux œuvres, dans leur esprit presque indiscernables, d'Alberto Savinio et de son frère Giorgio de Chirico ». Cette déclaration suffirait à elle seule à justifier l'étiquette d'écrivain métaphysique que Savinio ajoutait à son nom.
1. La vie et l'œuvre
C'est à Athènes, le 25 août 1891, que naquit Savinio. Grec d'adoption, son vrai nom était Andrea de Chirico. Son père était un ingénieur ferroviaire florentin ; d'où l'importance que prennent souvent les trains et les gares dans so […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 3 pages…



