Peintre abstrait, Alberto Burri fit une entrée tumultueuse sur la scène artistique des années 1950 en intégrant à sa pratique picturale des objets aussi dérisoires que des sacs de jute ou de vieux chiffons déchirés. En faisant de leur trame usée le tableau lui-même, « l'artiste, écrit Jean Leymarie, contraint la matière brute à devenir directement forme pure, sans perdre sa consistance réelle et sa vérité concrète ».
1. Une quête de la matière
Né en 1915, à Città di Castello, dans la province de Pérouse (Italie), Alberto Burri fut d'abord médecin. En 1941, lors de la Seconde Guerre mondiale, il est fait prisonnier par les Anglais, puis transféré dans le camp américain de Hereford, au Texas. En profond désaccord avec la situation politique italienne de l'époque, il reste aux États-Unis, s'isole et commence à peindre en autodidacte. Lorsque Alberto Burri rentre en Italie en 1946, il renonce à sa profession et décide de se consacrer uniquement à la peinture. Il s'installe à Rome, où a lieu sa première exposition personnelle, en 1947, à la galerie La Margherita ; il présente des paysages et des natures mortes, aux lignes schématiques, dont il reste peu de témoignages. Un an plus tard, il expose ses premières œuvres abstraites, constituées de graphismes linéaires. En 1951, Alberto Burri participe à la création du groupe Origine, avec Mario Balloco, Ettore Colla et Giuseppe Capogrossi, qui rejette les effets décoratifs de l'art abstrait, et prône la permanence d'un souci constructif, comme la réduction de la couleur à sa fonction la plus simple, mais péremptoire et incisive.
À la même époque, Burri commence à travailler à partir de matériaux jusqu'alors inusités comme la pierre ponce, le goudron, le sable, la sciure et les terres qu'il incorpore à l'huile. Ainsi naissent les séries intitulées Neri (« noirs »), Muffe (« moisissures ») ou Catrami (« goudrons ») aux tonalités sourdes, qui s'imposent en tant que propositions monochromes virulentes, dont le matériau souvent ravagé est de car […]
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