3. L'historien des sans-culottes
Au terme d'une enquête minutieuse, qui était pour l'époque un modèle d'histoire sociale et préfigurait ce qu'allait être l'histoire des mentalités collectives, l'érudit marquait les différences entre les prolétaires du xixe siècle et les sans-culottes, artisans issus de l'échoppe et de la boutique, petits patrons et compagnons unis par la même haine de l'aristocratie de la naissance ou de la fortune. Décrivant leurs aspirations, Soboul les présentait comme celles d'une arrière-garde économique ; étudiant leurs tendances et leurs pratiques politiques, il en soulignait le caractère novateur. Suivant dans le détail la poussée populaire de 1793, mouvement autonome face à la Convention, il en montrait les victoires (l'établissement de la Terreur) mais y faisait apercevoir aussi les prémices d'une défaite. Il ne cachait pas l'opposition entre des sans-culottes antiparlementaires, attachés à la démocratie directe et soucieux d'un contrôle économique, et des jacobins, hommes d'ordre, liés à la démocratie représentative et qui n'acceptaient que pour un temps l'intervention de l'État pour limiter la loi du marché. Le drame du 9 thermidor, concluait-il, était inscrit dans les contradictions internes de la sans-culotterie comme dans celles qui existaient entre sans-culottes et robespierristes.
Ces contradictions, Soboul les vivait personnellement : entre le « coup de cœur » pour les sans-culottes avec lesquels il se sentait d'emblée « en fraternité » et la raison qui le portait à célébrer Robespierre et ses amis, organisateurs de la victoire, il fut continuellement tiraillé. En 1957, il montrait plus de sympathie pour le mouvement populaire que pour le système robespierriste, coupable d'avoir « glacé » la Révolution. C'était, comme le fera remarquer Maurice Agulhon, plus que nuancer la vulgate stalinienne, et, à lire la thèse, on pouvait sentir « comme une petite brise non conformiste ».
Tant comme professeur et chercheur (les deux pour lui ne formaie […]
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