Albert Otto Hirschman naît le 7 avril 1915 dans une famille juive non pratiquante de la moyenne bourgeoisie berlinoise. Le jeune homme est élève au lycée français et adhère à l'âge de seize ans aux jeunesses sociales-démocrates. Étudiant à Berlin durant l'année 1932-1933, la mort de son père et l'arrivée d'Hitler au pouvoir l'incitent au départ. Il poursuit alors ses études en France (École des hautes études commerciales, Institut de la statistique de la Sorbonne) puis au Royaume-Uni (London School of Economics). En 1936, il s'engage quelques mois en Espagne dans les Brigades internationales. Jusqu'en 1938, il occupe un poste d'assistant à l'université de Trieste où il soutient une thèse sur le franc Poincaré. De retour en France, Hirschman s'enrôle dans l'armée. Installé à Marseille après la débâcle, il s'implique dans un réseau d'aide aux réfugiés. En décembre 1940, il doit se résoudre une nouvelle fois à l'exil, et gagne les États-Unis. En 1941, boursier de la fondation Rockfeller à l'université Berkeley, il travaille à son premier ouvrage, National Power and the Structure of Foreign Trade, qui paraît quatre ans plus tard. Devenu citoyen américain en 1943, il s'engage dans l'armée, qui l'envoie combattre en Afrique du Nord puis en Italie. En 1946, il rejoint le Bureau de la réserve fédérale et travaille dans le cadre du plan Marshall. En 1952, il part en mission en Colombie en tant que conseiller financier du Bureau national de planification puis devient consultant dans le secteur privé. À partir de 1956, il revient enseigner à l'université, d'abord à Yale, puis à Columbia, Harvard et, enfin, Princeton où il prend sa retraite.
L'œuvre d'Hirschman rayonne largement au-delà de l'économie, vers les sciences politiques et la sociologie en particulier. Elle est à la fois brillante, hétérodoxe et porteuse d'une exigence démocratique sans faille. Les premiers travaux sur le développement doivent beaucoup à l'expérience colombienne, où le jeune économiste constate avec irritation que les experts américains […]
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