Le plus sage des fauves ne doit peut-être qu'à son amitié avec Matisse et Manguin, ses condisciples dans l'atelier de Gustave Moreau, d'avoir été « enrégimenté » par eux. Si Albert Marquet participa au fameux Salon d'automne de 1905, il fit rapidement figure d'isolé. À partir de 1920, il ne quittera plus guère son atelier du quai Saint-Michel que pour des voyages réguliers (surtout à Alger où il restera de 1940 à 1945). Son œuvre est presque totalement consacrée au paysage, qu'il met en place par un graphisme concis, en recherchant souvent des cadrages originaux, qui déplacent quelque peu les points de vue traditionnels (Le Pont-Neuf, 1906, National Gallery of Art, Washington). Une alternance analogue de fermeté et de souplesse dans le tracé se retrouve dans son emploi des couleurs. Il retient de Gauguin le sens des aplats, mais il ajoute aux modulations intérieures, communes à la plupart des fauves et qu'on trouverait chez Gauguin lui-même, un parti pris, çà et là, d'inachèvement des volumes, qui correspond peut-être à une influence superficielle de Bonnard. Les quelques nus de Marquet sont acides, faussement cruels et dépourvus de sensualité véritable (Femme aux b […]
