2. L'évolution de l'œuvre
Si l'on considère maintenant l'œuvre d'Alban Berg dans son ensemble, on est tenté d'en comparer l'évolution à celle d'un opéra en trois actes. Le nombre 3, du reste, devait toujours conserver pour Berg une valeur quasi magique, non dénuée, toutefois, d'un certain humour. On pourrait aussi figurer ce parcours sous la forme d'une arche dont Wozzeck, la Suite lyrique et le Concerto de chambre seraient la clé de voûte.
Mais, contrairement à ce que l'on peut constater dans ces trois œuvres, il apparaît que le dernier acte du drame bergien ne constitue, par rapport aux deux premiers, ni une synthèse, ni une ascèse. Du schème A-B-A', le compositeur semble n'avoir retenu que le retour en arrière, marque de la contradiction déchirante qui opposa pour lui, toujours davantage, le monde tonal au monde sériel. De la retombée de l'arche bergienne, le troisième acte de Lulu ne serait-il pas l'image ?
• Préparation
1900-1914 : Ier acte, les œuvres de préparation, d'initiation ; le travail avec Schönberg, dont il faut retenir la Sonate pour piano, opus 1 (composée en 1907 et 1908, créée le 24 avril 1911, en même temps que le Quatuor à cordes opus 3), qui conclut leur relation de maître à élève, et dans laquelle les rapports sonores multiples, infiniment plus étroits que ceux envisagés par les formes du passé, laissent prévoir l'économie structurelle à venir. Le Quatuor opus 3 annonce déjà la Suite lyrique, pour quatuor à cordes, qui sera écrite quinze ans plus tard (1925-1926). Le matériau harmonique de Traumgekrönt, une des Sept Mélodies de jeunesse (1905-1908), orchestrées par Berg en 1928 alors qu'il entreprenait l'écriture de Lulu, sera repris dans l'un des motifs de l'opéra. Des liaisons profondes sous-tendent ainsi l'ensemble de l'œuvre, comme les diverses scènes des deux opéras. Il en est de même pour les Altenberglieder opus 4 (cinq lieder avec orchestre sur des textes de cartes postales du poète autrichien Peter Altenberg, 1912) et, surtout, les trois Pièces pour orchestre, opus 6, par rapport à Wozzeck. Des mélodies pour chant et piano et les Quatre Pièces pour clarinette et piano, opus 5, font partie également de ce premier acte, celui de la découverte, qui devait aboutir aux faîtes de la production d'Alban Berg.
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