3. Succès et échecs de Greenspan
À peine arrivé à la tête de la Fed, Greenspan a magistralement géré le krach d'octobre 1987, en injectant massivement des liquidités et en retournant dans le bon sens les anticipations des opérateurs. Une façon d'affirmer, haut et fort, que 1987 ne serait pas 1929 et que la Banque centrale américaine jouerait, en cas de besoin, son rôle de « prêteur en dernier ressort » pour éviter la déflation. Certes, les décisions de la Fed sont collectives puisqu'elles sont prises par le F.O.M.C. (Federal Open Market Committee). Mais on peut, sans se tromper, attribuer une bonne partie de la réactivité de la Fed face aux crises à la personnalité de son gouverneur. Après le krach de 1987, l'expérience en a été faite à nouveau à plusieurs reprises, qu'il s'agisse du traitement de la crise des caisses d'épargne et des banques américaines à la fin des années 1980 et au début des années 1990, plus récemment de la crise asiatique (1997-1998), du choc russe et de l'affaire L.T.C.M. (1998), etc. Les occasions n'ont pas manqué pour confirmer le pragmatisme et l'excellent « toucher » (terme de tennis autant que de musique) du président de la Fed.
Au fil des années s'est ainsi constitué un mythe Greenspan, virant même au culte. Une évolution en grande partie justifiée, et en même temps forcément exagérée. Car, on s'en doutait, l'homme n'est pas infaillible. En tant que président du C.E.A., il a connu les tribulations et les échecs de la conjoncture américaine de 1974-1975, avec l'inflation et la récession. Comme patron de la Fed, on peut considérer qu'il a assez mal géré la remontée des taux courts aux États-Unis à partir de février 1994, et le krach obligataire qui en a résulté.
Néanmoins, dans ce monde financier instable et sans grands repères, les marchés sont ravis de pouvoir ancrer leurs anticipations en fonction des arguments souvent compliqués, parfois contradictoires, et des petites phrases du président de la Fed. Un exemple célèbre : « l'exubérance irrationnelle des marchés », évoquée en décembre 1996 pour contrer l'essor de la bulle financière.
Ce que l'on a appelé « l'ère Greenspan » a résulté avant tout du talent de l'intéressé, mais aussi– c'est d'ailleurs un aspect du talent évoqué – de sa capacité de satisfaire une demande de communication et de sens de la part des marchés financiers.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 2 pages…



