2. Influences et tendances
La passion du chiffre et des statistiques est une marque distinctive de Greenspan. Trop souvent, les économistes en restent à des raisonnements et à des tests macroéconomiques ; ils répugnent à « aller au charbon », en l'occurrence à décortiquer, retraiter, vérifier des séries statistiques sectorielles, voire résolument microéconomiques. Greenspan n'a jamais été et n'a jamais prétendu être un grand théoricien, un candidat au Nobel d'économie. Mais cette passion des statistiques lui donne un avantage comparatif réel vis-à-vis de nombre d'économistes et de pas mal de ses collaborateurs à la Fed.
L'amour des chiffres lui vient sans doute de la période de Columbia et de l'influence exercée alors sur l'étudiant qu'il était par deux professeurs prestigieux, Wesley Clair Mitchell (1874-1948) et surtout Arthur Burns (1904-1987), futur président du Council of Economic Advisers (C.E.A.), patron de la Fed et ambassadeur des États-Unis en Allemagne. Des influences intellectuelles relayées ensuite par l'appartenance active de Greenspan, de 1953 à 1968, à un mouvement « objectiviste » dirigé par une femme de lettres à succès, Ayn Rand. D'après ce courant, d'inspiration très libérale, la réalité est blanche ou noire, vraie ou fausse... En économie, les choses sont plus complexes, car les définitions comptables et les statistiques comportent forcément une dimension conventionnelle et subjective. Pour autant, l'analyse des faits et des chiffres demeure un précieux outil.
Le credo économique de Greenspan est resté à peu près le même à travers les années et ses différentes fonctions. Il s'organise autour de la critique de l'intervention excessive de l'État : c'est l'excès des dépenses publiques qui est facteur d'inflation (Greenspan fait très vite sienne cette proposition antikeynésienne qui lui vient de Burns), et le banquier central saura convaincre Bill Clinton tout au long de ses deux mandats de faire de la réduction du déficit budgétaire fédéral le « noyau dur » de sa politique économique.
Mais Greenspan est un libéral pragmatique et flexible. Bien que collègue à Columbia et ami de Milton Friedman, à aucun moment il ne s'est fait le défenseur d'un monétarisme pur et dur. La passion des statistiques et l'attachement au principe de réalité sont étroitement liés au pragmatisme dont le patron de la Fed a fait montre lors des grandes crises financières qu'il a eues à gérer, en particulier celles de 1987 et de 2000.
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