2. Une littérature au troisième degré
À compter de cette date, Robbe-Grillet va radicalement changer la nature des formants narratifs à partir desquels il opère ses montages textuels. Coupant court avec un matériel devenu trop propice aux récupérations critiques et aux réductions de sens, délaissant l'arsenal à pièges de la littérature dite des profondeurs, il trouve, dans une vulgate sado-érotique faite d'obsessions personnelles, de fantasmes stéréotypés et de « mythologies populaires », les nouveaux éléments de construction de ses textes. Débute alors ce qui sera une véritable tétralogie : La Maison de rendez-vous (1965), Projet pour une révolution à New York (1970), Topologie d'une cité fantôme (1975) et Souvenirs du Triangle d'or (1978).
Ces quatre romans emploient une même toile de fond : les paysages urbains abstraits, un environnement empreint d'une violence quelque peu elliptique, des maisons réservées à des usages particuliers, des molosses dressés à des fins curieuses, des enlèvements d'innocentes nymphettes, les expériences spéciales de médecins fous, parents de Mabuse ou de Caligari : bref toute une liaison de thèmes érotiques et d'agencements textuels qu'André Gardies a baptisés du nom d'« érotuelles ». Ces mêmes éléments se retrouvent dans la création cinématographique de Robbe-Grillet. Celui-ci, scénariste d'Alain Resnais dans L'Année dernière à Marienbad, a réalisé de nombreux films : L'Immortelle (1963), Trans-Europ-Express (1967), L'homme qui ment (1968), L'Eden et après (1970), Glissements progressifs du plaisir (1974), Le Jeu avec le feu (1975) et La Belle Captive (1983). Films auxquels leur montage savamment agencé n'ôte pas une malice primesautière qui n'est pas loin, parfois, de la gaudriole.
Ceci n'est pas faire injure à Robbe-Grillet. Révolutionnaire jovial, iconoclaste facétieux, il n'a jamais sombré dans l'esprit de sérieux. Simplement, son humour est toujours à prendre au deuxième ou au troisième degré et présuppose, de la part du lecteur, quelques conn […]
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