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ALAIN-FOURNIER HENRI-ALBAN FOURNIER dit (1886-1914)

« Quelque chose désespérément me réclame et toutes les routes de la terre m'en séparent. » Alain-Fournier et Augustin Meaulnes, le héros du Grand Meaulnes (1913), se rejoignent dans cette phrase. Les analogies entre la vie de celui qui prit, en 1907, juste après la khâgne, le pseudonyme d'Alain-Fournier et son roman sont manifestes : La Chapelle-d'Angillon et les paysages du Cher, les parents instituteurs, la rencontre avec Yvonne de Galais, une liaison avec Jeanne, modiste comme Valentine est couturière, la deuxième rencontre, huit ans plus tard, avec Yvonne... Ce sont les traces de ce que son ami, beau-frère et correspondant Jacques Rivière nomme « une conception littéraire » : « Je sais bien », lui dit-il, évoquant Claudel qui, avec Gide et Laforgue, forma Alain-Fournier, « que tu penses toujours à : “ Nous ne séparerons pas la vie d'avec l'art ” » (24 mai 1906). C'est qu'Alain-Fournier « n'est pas d'ici » (13 sept. 1911) ; il est de l'attente, attente-souvenir du bonheur ou de l'amour, attente de lui-même : « Je ne sais si je dois l'appeler mon amour ou moi-même » (22 août 1906), alors qu'ici « on se résigne à l'amour comme on se résigne à la vie » (11 oct. 1906). Il n'est donc sans doute pas davantage d'un là-bas chrétien, même après sa nuit pascalienne du 5 janvier 1907, étant « trop psychologue » pour être catholique (26 janv. 1907). Mais cette plénitude pieuse qu'il nomme joie, et qui « ne trouverait pas Dieu ailleurs que partout », finit peut-être par s'accomplir dans l'ici d'une vie pourtant encore traversée par l'absence, grâce à Simone, le « cœur pur » de l'épigraphe de Colombe Blanchet. Et le 1er août 1914, avant de partir pour le front où il disparaît aussitôt, Alain-Fournier écrit à sa sœur Isabelle : « Je pars content. »

Barbara CASSIN

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