Essayiste engagé, Alain Finkielkraut usa d'abord d'un humour corrosif pour débusquer, avec Pascal Bruckner, les pièges des « nouvelles normes » sociales issues de Mai-68, avant d'adopter ensuite un ton plus incantatoire dans sa dénonciation des mirages de la modernité. Depuis trente ans, il s'interroge sur les rapports qu'entretiennent la mémoire, la tradition ou encore la culture avec le progrès ; sa réflexion se situe « entre l'impossible oubli et l'injonction de commémorer ».
Né le 30 juin 1949 à Paris, Alain Finkielkraut a entrepris des études de philosophie à l'École normale supérieure de Saint-Cloud qu'il intègre en 1969. Il quitte rapidement l'Éducation nationale pour se consacrer à l'écriture, mais il enseignera l'histoire des idées à l'École polytechnique à partir des années 1980.
Il se fait connaître en 1977 avec Le Nouveau Désordre amoureux, un livre écrit en collaboration avec Pascal Bruckner, qui porte sur le « mythe de la révolution sexuelle », véhicule d'une image attrayante de l'émancipation mais toujours empreinte de machisme. Son thème de prédilection devient la critique de la modernité avec La Défaite de la pensée (1987) qui dénonce, sur les traces d'Hannah Arendt, la banalisation de la culture, « annoncée partout et n'existant plus nulle part ». Dans ses travaux suivants L'Humanité perdue : essai sur le XXe siècle (1996), L'Ingratitude, conversation sur notre temps (1999), Nous autres modernes (2005), dans sa revue Le Messager européen, créée en 1987, ou bien avec les invités de l'émission « Répliques », qu'il anime sur France-Culture, Alain Finkielkraut ne cesse d'approfondir la question de l'héritage culturel et de sa transmission (Un cœur intelligent, 2009). Ce lecteur de Péguy auquel il a consacré un beau livre (Le Mécontemporain. Charles Péguy, Lecteur du monde moderne, 1992) fustige ses contemporains pour leur légèreté, leur absence de mémoire et de sens de la dette, leur tendance à confondre les inclinations du moment avec les engagements de la liberté.
C'est sur ce même mod […]
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