2. Le souci de la perfection
Avant de jouer en 1971 avec Simone Signoret dans La Veuve Couderc, de Pierre Granier-Deferre, Alain Delon rencontre Jean Gabin, autre monstre sacré de l'ancienne vague, dans Mélodie en sous-sol (Henri Verneuil, 1962). Ambitieux, il veut être une des stars du cinéma français. Très vite, il prend conscience de la nécessité de modeler son personnage et devient un self made myth. Le Delon réel, producteur (Delbeau puis Adel Productions), va jusqu'à parler de Delon, personnage et acteur, à la troisième personne. Il développe une mythologie héroïque aux antipodes des antihéros de l'absurde et de l'échec. On y voit un Delon positif s'opposer à la décadence morale et sociale : La Tulipe noire (Christian-Jaque, 1964), Les Centurions (Mark Robson, 1966), Les Aventuriers (Robert Enrico, 1967), Zorro (Ducio Tessari, 1975)... Mais c'est dans les films de Jean-Pierre Melville – « l'homme de cinéma complet », dit-il – que se dévoile le plus clairement le dispositif de création du personnage mythique : Le Samouraï (1967), Le Cercle rouge (1970), Un flic (1972) décrivent ouvertement la mise en scène des signes de l'aristocratie vestimentaire et du professionnalisme maniaque.
Dans la carrière de Delon, le souci de la perfection, associé à la hantise de l'échec, entraîne des contradictions. Lorsque l'acteur, voire le producteur, s'efface derrière son personnage et surtout le réalisateur, que ce soit Alain Cavalier dans L'Insoumis (1964), Joseph Losey (L'Assassinat de Trotski, 1972 ; Monsieur Klein, 1976), Valerio Zurlini (Le Professeur, 1972), ou Alain Jessua (Traitement de choc, 1973), le résultat demeure surprenant. Lorsqu'il s'adresse à des artisans solides (Jacques Deray, Georges Lautner, Henri Verneuil), manque la surprise. Lorsqu'il se contente de faire-valoir (Robin Davis, José Pinhéro) ou se dirige lui-même (Pour la peau d'un flic, Le Battant), rien ne subsiste, pas même l'intérêt du public. Pourtant, Alain Delon accepte deux rôles risqués, bien loin de ce qu'attend son […]
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