Né à Lille, élève de Bernard Silvestre à Chartres, Alain étudie dans la mouvance de Gilbert de la Porrée ; il devient maître ès arts, puis maître en théologie à Paris, avant d'enseigner à Montpellier ; parvenu au sommet de la gloire, il suit l'exemple de son ami Thierry de Chartres et entre comme convers à Cîteaux, où il meurt.
On le surnomme « le Docteur universel », parce que, disait-on, « il savait tout ce qu'un homme peut savoir ». La liste de ses écrits — qui ne sont pas encore tous connus ni attribués, et dont on ne peut dater qu'une faible partie — le prouve. Il représente bien l'effort de l'« école de Chartres », où on lisait le Timée de Platon, par sa contribution à une nouvelle appréhension philosophique de la nature — et par conséquent de l'homme et de sa place dans le monde — et par une vue nouvelle sur les rapports entre raison et foi, entre philosophie et théologie. Il est l'un des premiers grands « sommistes », le type même de l'universitaire de la haute scolastique : suivant Boèce et la méthode rationnelle de la vieille logique (logica vetus) d'Aristote, il réussit à équilibrer en son œuvre les excès des différentes formes du platonisme.
Les Plaintes de la Nature (De planctu Naturae, 1160-1170) est un prosimètre (texte où alternent vers et prose) comme les Noces de Mercure et de Philologie de Martianus Capella (cette forme brillera encore dans La Vie nouvelle de Dante). Pleine de jeux d'esprit et de recherches techniques, c'est une œuvre de théoricien de la littérature, où la forme allégorique sert à la réflexion philosophique. Nature, reine du Ciel, descend vers le poète ; vicaire de Dieu, elle est chargée de faire régner sur terre harmonie, fécondité et vertu ; c'est presque l'« âme du monde » du Timée qui serait soumise à un Créateur.
L'Anticlaudianus (1182-1183) est l'épopée (en six mille hexamètres) de l'homme parfait que la Nature réclame mais ne peut procréer elle-même : elle le compose de vertus et de sciences pour le voyage qu'il accomplit au travers de l'Univers […]
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