« Naître en Russie, grandir en Belgique, fuir aux États-Unis, apprendre la paix en Allemagne, vivre en France : cela ne fait pas sérieux. C'est mon destin. Tour à tour j'en ai honte, et me dis que cela peut avoir autant d'importance qu'une virgule dans un poème ; pas plus. » Alain Bosquet, lui-même, met ainsi ses lecteurs en garde contre une interprétation biographique un peu hâtive de ses livres. Est-il pour autant hasardeux de considérer que ce poète s'est constitué à l'ombre de langages divers et sous les effets de leur confrontation : celle qu'inévitablement suppose une existence cosmopolite ?
Poèmes, un (1979) rassemble divers ouvrages parus de 1945 à 1967, essentiellement les Quatre Testaments, longs monologues dans lesquels le poète met en œuvre un esprit de destruction rageur, volontiers provocateur et hautain.
Mais cet anticonformisme se trouve, paradoxalement, canalisé par l'usage de l'alexandrin, mis en quatrains rimés, sans nul souci de distorsion du moule ancien. C'est le vers libre, à l'inverse, qui est utilisé dans les textes brefs de Poèmes, deux (Les Notes) qui rassemble 100 Notes pour une solitude(1970), Note […]
