2. Violence et retenue : l'aventure du « Parrain »
Mais ce qui a donné à Al Pacino sa dimension universelle et son statut de star, ce sont évidemment les trois épisodes de la saga du Parrain (The Godfather). L'acteur n'avait interprété qu'un seul film un peu remarqué, Panique à Needle Park, quand Francis Ford Coppola le choisit pour incarner Michael Corleone, le fils du « parrain » joué par Marlon Brando. Le réalisateur et l'acteur durent l'imposer à la Paramount. Avec leur soutien, Al Pacino allait développer une conception du rôle à l'opposé de ce qu'imaginaient les producteurs, qui auraient préféré James Caan. Dès ses premières scènes dans le Parrain (1972) l'acteur choisit de jouer un Michael Corleone plus que sobre, apparemment inexpressif, le regard davantage perdu dans ses pensées que tourné vers les autres... Sa métamorphose après la mort de son père n'en sera que plus forte. Ici, l'énergie bouillonnante est intérieure et transparaît seulement dans des détails qui n'en prennent que plus d'intensité : une démarche volontairement retenue, un visage crispé mais débarrassé des tics qui marquaient Serpico ou le Sonny Wortzik d'Un après-midi de chien. Cet aspect sera plus poussé encore dans Le Parrain II (1974), où Michael, devenu l'homme du pouvoir et de l'ombre, est assis, immobile, ou marche lentement avec des gestes précis et assurés, la voix glissant progressivement vers le souffle rocailleux qui était celui de Brando dans le premier épisode. Dans Le Parrain III (1990), personnage et acteur ont profondément changé : en vieillissant, Michael Corleone ne cache plus ses sentiments et sa détresse tandis que sa « famille » se défait. Cette fatigue humanisera également profondément le personnage de policier insomniaque, las, au bord de l'effondrement que Pacino interprète dans Insomnia, de Christopher Nolan (2002). Sa tendresse maladroite et son célèbre regard de « chien battu » font merveille dans l'agréable comédie sentimentale de Garry Marshall, Frankie and Johnny (1991). Mais sa plu […]
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