4. Contre les « philosophes » et les batinites
Deux ouvrages sont consacrés aux philosophes néoplatoniciens, dont Fārābī et Ibn Sīnā (Avicenne) sont les représentants : Maqāṣid al-falāsifa (Les Intentions des philosophes) et Tahāfut al-falāsifa (Destructio philosophorum, ou encore Incohérence ou Ruine des philosophes). Le premier est un véritable traité d'histoire de la philosophie musulmane d'Orient. Il faut connaître les doctrines pour bien voir leurs erreurs. Ghazālī considère les sciences des philosophes : les mathématiques où il n'y a rien à refuser et qui sont hors de notre propos ; la logique où la plupart des questions traitées sont conduites selon une méthode juste ; la physique où sont mêlées vérités et erreurs ; la métaphysique dont la plupart des doctrines sont contraires à la vérité. Le Munqidh signale trois erreurs fondamentales : d'abord la négation de la résurrection des corps et la doctrine des sanctions purement spirituelles dans l'autre vie ; ensuite l'idée que Dieu ne connaît que l'universel et ignore les particuliers en tant que tels ; enfin la doctrine de l'éternité du monde. Le Tahāfut al-falāsifa est une attaque de cette métaphysique ; il est consacré dans sa plus grande partie à la réfutation de l'éternité du monde telle que la conçoivent les néoplatoniciens, partisans de l'émanation. Ibn Rushd (Averroès), dans son Tahāfut al-tahāfut, tout en reconnaissant avec Ghazālī les erreurs d'Avicenne, rétablira contre le même Ghazālī la vérité philosophique en s'appuyant sur Aristote.
La vie de Ghazālī en milieu saldjuqide explique l'importance qu'il a attachée à la critique de la secte shī‘ite des bāt,iniyya. En dehors d'un chapitre du Munqidh, il a consacré à cette réfutation un ouvrage connu sous le titre abrégé de Mustaẓhirī, écrit à la demande du calife al-Mustaẓhir pour mettre les croyants en garde contre les ruses de ses adversaires. L'intention doctrinale se double d'une intention politique contre la thèse que les croyants doivent suivre aveuglément un imām infaillible.
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