2. L'œuvre d'Akinari
Pour la postérité, Akinari est avant tout l'auteur des Contes de pluie et de lune (Ugetsu-monogatari). Dans ces neuf Contes fantastiques de jadis et naguère, il rompait délibérément avec le style et la manière des ukiyo-zōshi inaugurés au siècle précédent par Saikaku, et auxquels il avait lui-même sacrifié dans ses deux recueils de 1766 : Le Singe mondain à l'écoute sur tous les chemins (Shodō Kikimimi seken-zaru) et Caractères de femmes entretenues (Tekake Katagi). À la construction elliptique et au rythme rapide, voire heurté, des ukiyo-zōshi, inspirés de la technique du haikai, il substituait une période plus ample, un ton plus soutenu suggéré par l'étude de la langue des grands classiques de l'époque de Heian et de la métrique des waka. On reconnaît au passage l'influence du Man.yō-shū, du Genji-monogatari, des épopées du xiiie siècle, des livrets du nō. Certains de ces contes sont transposés du chinois, mais avec une perfection telle que rien, sinon le canevas, ne subsiste de l'original. Avec l'Ugetsu, Akinari avait d'emblée découvert un style qui renouait avec les plus grandes époques du passé, et qui pour plus d'un demi-siècle s'imposera à toute la littérature romanesque du Japon ; un genre nouveau était né, celui des yomi-hon qu'illustra Bakin (1767-1848)
Les Contes des pluies de printemps (Harusame-monogatari), recueil posthume rédigé dans les dernières années de sa vie, inachevé, et dont près de la moitié vient seulement d'être retrouvée, contiennent, à côté de récits historiques ou fantastiques dans la manière de l'Ugetsu, des pièces dont la trame sert uniquement de prétexte à des discussions poétiques.
L'analyse critique de la poésie ancienne était en effet la préoccupation majeure d'Akinari, et l'essentiel de son œuvre philologique consiste en éditions critiques et analyses des anthologies classiques, principalement du Man.yō-shū. Tel est le thème de son œuvre maîtresse, Poudre d'or (Kinsa, 1804), en dix livres.
Lui-même avait du reste composé un grand nombre de waka, cherchant, par-delà le « maniérisme » des ant […]
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