4. L'air dans l'histoire de la musique
Étant donné son absence de forme spécifique et rigoureuse, telle qu'en ont eue d'autres types musicaux, en raison également de la liberté dont ont usé les compositeurs de toutes les époques pour adapter aux circonstances qui leur convenaient des pièces nommées « air », il est difficile d'assigner à ce terme un contenu aussi précis que nous le désirerions. Il est aussi difficile de découvrir la filiation qui relie les premiers airs instrumentaux aux airs de cour et de suivre le chemin qui mène à l'air d'opéra et de concert, dont la fin du xviiie siècle voit l'épanouissement. Le seul trait caractéristique qui soit commun à toutes les sortes d'airs ici décrites est le respect d'une suprématie de la ligne mélodique. Aussi ne voit-on l'air apparaître et fleurir qu'à partir de l'époque où la conception de la polyphonie tend, elle-même, vers celle d'une mélodie accompagnée, permettant le libre épanchement de l'expression dramatique.
On voit ainsi combien il est difficile de donner du mot « air » une définition qui soit à la fois unique et complète. Il est même arrivé, à certaines époques, et principalement pendant le xixe siècle, que l'on désigne par « air » toute sorte de musique, voire, dans certains cas, la musique elle-même. C'est ainsi que Littré signale l'expression « n'être pas dans l'air » comme à peu près synonyme de « faire des fausses notes », et que, dans le langage populaire, on parlait aussi bien de « grands airs » que de « grande musique ». Encore de nos jours, il arrive que, toujours dans le langage populaire, on dise d'une musique, trop complexe pour être immédiatement comprise et retenue par la mémoire, qu'« elle ne contient pas d'airs ». Remarquons également que, souvent, on oppose l'air à l'accompagnement. Dans cette opposition, il faut sans doute voir davantage qu'une discrimination faite entre mélodie et harmonie, entre l'horizontal et le vertical, le consécutif et le simultané.
Il semble plutôt que, psychologiquement, […]
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