2. Une initiation inachevée
Moravia, en fils d'une bourgeoisie responsable à ses yeux du fascisme, a toujours éprouvé un complexe d'infériorité et de culpabilité à l'égard du peuple. Il exprime un sentiment commun à toute une génération d'enfants de la Belle Époque qui, avec l'embrigadement de la jeunesse et la guerre, ont subi un brassage social parfois traumatisant. Cette bande d'adolescents anticipe les Ragazzi di vita (1955) de Pasolini : leur violence, c'est le choc du réel qui fait voler en éclats les illusions de l'enfance et le sentiment de sécurité de la bourgeoisie.
Par contre, bien qu'entraîné par un camarade vers une maison close, Agostino ne parviendra pas à franchir le pas pour « devenir un homme » : « Mais il n'était pas un homme ; et bien du temps malheureux passerait avant qu'il ne le soit », dit la dernière phrase du roman. La crise de l'adolescence sera contée dans La Désobéissance (1948).
Le regard perspicace de Moravia excelle à analyser la difficile sortie d'une enfance bourgeoise trop choyée. L'écrivain affirmait vouloir aller à l'essentiel et ne rien laisser dans l'ombre. De ce point de vue, ce court roman à la troisième personne, où rien n'est inutile et où tout est centré sur l'évolution des sentiments et de l'état d'esprit du jeune garçon, est une réussite. Il offre un bel exemple de réalisme symbolique, où chaque scène et le moindre décor semblent participer d'un rite initiatique.
Agostino a été adapté au cinéma en 1962 par Mauro Bolognini.
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