Durant les années 1930, la littérature narrative italienne se caractérise par une floraison de récits d'enfance et d'adolescence auxquels Moravia contribue par deux nouvelles qui préfigurent Agostino et La Désobéissance(1948) : Hiver de malade (1930), inspirée par son séjour au sanatorium, décrit la relation sado-masochiste d'un adolescent introverti et de son compagnon de chambre adulte ; quant à La Chute (1940), elle conte sur le mode symbolique l'initiation d'un jeune convalescent en vacances. Dans un essai de 1941, Memoria e romanzo, l'écrivain qui atteint déjà sa maturité s'élève contre le culte naïf des souvenirs d'enfance qui ne sauraient suffire à produire de la poésie, tout en reconnaissant le rôle privilégié de la mémoire qui ordonne un roman « selon le temps idéal ou idéologique qui n'est pas le temps naturaliste ». Réfugié à Capri avec Elsa Morante pour fuir les persécutions raciales (de son vrai nom Alberto Pincherle, Moravia a une ascendance juive), il compose en ce début de guerre Agostino qui ne sera publié qu'après la destitution de Mussolini, en 1945.
« Il n'y a pas d'innocence enfantine », écrivait d […]
