2. Institutionnalisation des notations
Cette croissance du marché de la notation est aussi liée à certaines dispositions institutionnelles qui l'ont rendue possible. La première disposition est le statut de Nationally Recognised Statistical Rating Organisation (N.R.S.R.O.), créé par la S.E.C. en 1975 afin de clarifier le marché de la notation. Ce statut, qui permet aux agences d'agir sur le marché américain et d'avoir une visibilité mondiale, fut accordé au départ aux seules agences Moody's, S&P et Fitch. En Europe, le mouvement de désintermédiation financière des années 1980 est également favorable aux agences de notation. Sur des marchés dérégulés où les financements sont désintermédiés, les agences de notation se développent en vendant leurs évaluations des risques de crédit. En France, jusqu'au milieu des années 1980, les marchés financiers étaient cloisonnés – marchés monétaire, hypothécaire, obligataire... ; le jeu des taux d'intérêt opérait de façon relativement indépendante sur chacun d'eux, leur accès était restreint à quelques agents économiques particuliers (ainsi les entreprises ne pouvaient ni emprunter ni prêter à court terme sur le marché monétaire). De l'automne de 1984 au début de 1986, Pierre Bérégovoy, ministre de l'Économie, des Finances et du Budget va œuvrer à la constitution d'un grand marché unifié des capitaux. Selon le Livre blanc sur la réforme du financement de l'économie publié en 1986, il s'agit de réduire le poids des interventions de l'État dans le financement de l'économie, de favoriser le « libre jeu » du marché via le signal-prix constitué par les taux d'intérêt, enfin de développer la place financière de Paris, qui avait pris du retard par rapport à celles de Londres ou de New York. Le gouvernement de l'époque a ainsi invité les agences en France afin de bénéficier de notes favorables pour placer les titres de dette du pays.
Une autre disposition majeure favorable au développement des agences réside dans le recours aux notations pour l'évaluation du risque b […]
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