4. Miss Marple et le raisonnement analogique
Agatha Christie a su renouveler la forme des enquêtes en créant un certain nombre de policiers ou d'amateurs qui reviennent dans son œuvre à plusieurs reprises : le couple de Tommy et Tuppence Beresford, le colonel Race, le surintendant Battle, Mr. Quinn ou Parker Pyne, découvreurs occasionnels, sans compter le personnage d'Ariane Oliver, auteur de romans policiers, sous le masque de laquelle Agatha Christie semble avoir voulu se représenter avec humour. Parmi ces détectives, le personnage de Miss Marple apparaît en 1930 dans L'Affaire Prothéro (The Murder at the Vicarage), pour jouer un rôle de premier plan dans une douzaine de romans. Vieille demoiselle dont la vie semble se limiter à son petit village, à ses travaux de jardinage, à l'observation de ses semblables et aux rumeurs du voisinage, Miss Marple trouve la solution des énigmes par une méthode personnelle, intuitive et empirique, fondée sur son « expérience de la nature humaine », liée à l'observation systématique de son milieu et procédant par analogies ; l'enquête semble moins établir de liens entre les faits qu'entre les individus ; c'est parce que tel personnage lui en rappelle tel autre que va peu à peu se tisser un réseau d'associations, capable de confondre le coupable. Ici encore l'élucidation est principalement psychologique ; elle tendra même peu à peu à devenir morale, l'aptitude à pénétrer la démarche du criminel dénotant une sensibilité au « mal », dont l'existence est constamment soulignée d'un roman à l'autre.
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