13. L'avènement du numérique
Dans les années 1990, l'affiche est de plus en plus souvent conçue sur écran, la publication assistée par ordinateur (P.A.O.) permettant l'association des textes et des images. La mise au point du langage Postscript conduit à la création de caractères haute résolution et le dessin de lettres connaît un formidable engouement. Autour de la revue Emigre, en Californie, surgit une New typography en quête de formes inédites générées par le numérique. Dans ce contexte, les affiches sont autant d'expériences-manifestes, qu'il s'agisse de celles de la société Fontshop, créée en 1989 par le typographe allemand Erik Spikermann et le graphiste londonien Neville Brody, que chaque dessinateur de lettres prend en charge pour mieux endosser sa recherche, ou bien celles de Jeffery Keedy et Edward Fella pour la Cranbrook Academy of Art.
Les commandes en provenance de labels musicaux favorisent cette émergence et jouent un rôle majeur dans l'avènement d'un nouveau graphisme d'auteur dans les années 1990. La création anglo-saxonne reste à la pointe, comme en témoignent les pochettes et les affiches de Vaughan Oliver, du collectif Designers Republic, à Londres, ou de Tibor Kalman aux États -Unis.
En France, l'atelier M/M (Michaël Amsallag et Mathias Augustiniak) construit un univers baroque au sein duquel l'« imagerie de la lettre » est dominante, tout particulièrement dans la ligne d'affiches réalisée pour le Centre dramatique de Bretagne à partir de 1996.
Au demeurant, l'hybridation des formes et des pratiques favorise également un renouveau de l'affiche commerciale, comme en témoignent les réalisations de Makoto Saito pour des grands magasins japonais (Ba-Tsu, 1994).
Paradoxalement la Suisse, creuset du dogme typographique le plus rigoureux, produit quelques-uns des meilleurs « affichistes » contemporains, distanciés du style international : ainsi Stefan Sagmeister, installé à New York, créateur de visuels expressionnistes pour David Byrne ou Lou Reed (1996), où l'écriture manuscrite joue un rôle notable, et Ralph Schraivogel, explorateur des possibilités de la gravure et de la sérigraphie modernes dans ses affiches pour le festival du film africain de Zurich notamment.
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