2. L'illusion d'un Éden improbable
Adonis n'est pas un héros épique. Le poète ne l'a doté d'aucune des mâles vertus grâce auxquelles les hommes peuvent faire l'Histoire et lui donner sens. Il ne lui a pas accordé non plus le pouvoir d'infléchir, à quelque moment que ce soit, le cours des événements qui, tout au contraire, sans relâche se jouent de lui. Objet évanescent d'un impossible discours épique, le héros, en dépit d'étranges rencontres que le lecteur peut faire au fil du poème, hanté par nombre de contemporains (Colomb, Galilée, Louis XIII, Anne d'Autriche et tant d'autres), vit hors du temps, dans un temps d'avant l'Histoire, mais qui, pour autant, n'est pas le mythique âge d'or retrouvé. Chypre s'avère, au bout du compte, n'être que l'illusion d'un éden improbable qui se fait et se défait inéluctablement.
Ainsi les amarres sont-elles rompues avec Le Tasse et sa Jérusalem délivrée, rompues aussi avec l'Arioste et son Roland furieux, ce qui n'interdit nullement à Marino quelques emprunts, lui qui se targuait d'être le plus habile des voleurs en matière de poésie. Ses sources avouées, au-delà d'Ovide, appartiennent à l'antiquité tardive : le poète grec, Nonnos de Panopolis (ve siècle), auteur des Dionysiaques, et le poète latin Claudien (370-404), auteur, entre autres, de l'Enlèvement de Proserpine. Pour eux, comme pour lui, le temps était passé où le poète pouvait chanter les mythes fondateurs.
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