2. Un roman d'introspection
Dans ce roman, l'analyse de son caractère par le narrateur aboutit à une introspection lui découvrant « l'affreuse réalité » de son âme. Telle est peut-être l'ultime vérité d'Adolphe : le fond de l'âme, loin de pouvoir se résoudre à quoi que ce soit, ne peut que constater le délitement qu'il cause. Le génie de Constant démontre l'incapacité de l'esprit à trouver le bonheur et à en donner, thème cher à ce grand romantique, à ce grand libéral qui regretta toujours de n'être pas davantage déterminé dans ses choix. Adolphe connut un succès immédiat et considérable, la brièveté de ce roman lentement composé le rendant d'ailleurs encore plus frappant.
Mais, outre son étonnante structure construite autour de lettres-confessions devenues instruments de simulation, d'argumentation, de renoncements, de promesses et de perte, c'est la personnalité d'Adolphe qui fascine : son caractère tortueux, versatile, se double d'une étonnante clairvoyance sur lui-même. Dans ses Chroniques (1952), Mauriac écrit : « Adolphe : ...analyse sans phrases d'une liaison et de ces jeux de la cruauté et de la pitié que, par antiphrase, nous appelons amour. Souffrance qui ne touche pas, car elle est celle du nerveux qui trépigne de ne pas avoir le jouet dont il sait lui-même qu'il ne ferait plus cas, à peine l'eût-il obtenu. » La pertinence de ce jugement permet d'éclairer la puissance de cette grande œuvre où l'autobiographie se fait instance romanesque.
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