De tous les caricaturistes de son temps, Willette a été sans doute celui qui a connu l'activité la plus variée : décorations pour le Chat-Noir et l'auberge du Clou, verrière du cabaret le Veau d'or, peintures murales de la salle des Communications de l'Hôtel de Ville de Paris et, bien entendu, activités graphiques pour différents journaux dont le plus célèbre demeure Le Courrier français. Toutes ces manifestations associées au fait que leur auteur a été président-fondateur du Salon des humoristes semblent accréditer l'idée selon laquelle l'œuvre est placée sous le signe d'une certaine tradition française faite de légèreté et de grivoiserie. Les noms de Boucher et de Watteau ont été souvent prononcés à propos de Willette. On ferait volontiers de lui le chef de file des caricaturistes « légers » comme Albert Guillaume, Abel Faivre, Ferdinand Bac et Chéret, habituels exposants du Salon des humoristes. Et pourtant un examen attentif de ses productions nous révèle une œuvre empreinte d'ambiguïté. Ambiguïté au niveau du mode d'expression d'abord : sa peinture, murale la plupart du temps, reflète la dualité graphisme/chromatisme ; ambiguïté de son activité de caricaturiste rarement teintée d'esprit satirique, ensuite.
Caricaturiste, il se défend d'ailleurs de l'être. Peut-on appeler « caricatures » ces silhouettes aimables de grisettes, ses nus plus grivois qu'érotiques ? Le trait façonne le sujet avec précision et trahit un goût pour le modelé traditionnel, ou bien, feignant la maladresse, donne l'impression de l'inachevé.
L'identification de l'artiste au personnage de Pierrot, dans le costume duquel il aime se montrer, renforce l'impression d'apesanteur que donne l'œuvre. Et cependant tous ces signes, toutes ces évidences pourraient bien dissimuler une réalité douloureuse. Certains dessins très dramatiques que Willette publie dans Le Courrier français, par exemple, déchirent brutalement l'image rassurante qu'il s'efforce de donner de lui. Un dessin comme Pour le roi de Prusse proje […]
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